lundi 24 septembre 2007

L'offre de livres électroniques et modèles économiques

Suite à mes "extrapolations", Guillaume, de Numilog, m'a conseillé de lire (sur mon iLiad), l'étude réalisée par son entreprise sur l'élaboration d'un modèle économique pour Europeana, la bibliothèque numérique européenne.
Comme je suis une fille sérieuse, même si de temps en temps ça fait du bien de rêver un peu (sinon, réfléchir à l'innovation serait très emm...), j'ai dévoré les 80 pages ce week-end, sur l'iLiad en effet (sans problème, sauf pour le schéma du système d'identification CAS, dont les légendes sont "mangées").

J'avais déjà identifié Europeana, admiré les fac-similés d'ouvrages anciens en pdf, et les contenus déjà riches. Je suis moins convaincue par la navigation, mais le service est en devenir, et je ne suis sans doute pas exactement le public visé par les premières étapes.

L'étude de Numilog apparaît assez pertinente en matière d'articulation des missions et des acteurs, proposant qu'Europeana fournisse directement sur son portail les oeuvres du domaine public, et des liens vers les plates-formes de diffusion payantes pour les ouvrages sous droits, qui seraient cependant présentés sur Europeana avec accès à la recherche plein texte. De cette manière, l'intégration d'Europeana dans la chaîne de valeur de l'édition ne perturberait pas les équilibres économiques actuels, et pourrait constituer à la fois un service public très performant, et un outil de promotion du livre pour l'édition sous droits.
On peut également y apprendre que, contrairement aux idées reçues, il coûte moins cher de numériser en masse des ouvrages papier pour les diffuser en édition électronique, que ceux déjà numérisés pour les besoins de la chaîne graphique.
Mais je ne vais pas tout résumer, et vous renvoie à l'étude, claire et facile à lire.

Ma réflexion s'oriente en parallèle vers deux questions :

  • La première concerne la diffusion des ouvrages du domaine public et leur place dans les équilibres économiques : ils concernent encore une part non négligeable des ventes en librairie, notamment vers les écoliers, lycéens et étudiants (et les bibliothèques qui leurs sont dédiées), et constituent en ce sens un socle économique pour les éditeurs et les libraires. Qu'en sera-t-il dans l'hypothèse de la diffusion du livre électronique, qui commence (et se poursuivra) avec une large diffusion gratuite de ces ouvrages ? La filière peut-elle vivre sans cet apport ?
  • La seconde concerne le prix public de vente des livres électroniques, notamment les oeuvres récentes sous droits. L'étude de Numilog ne donne pas d'éléments concrets sur ce sujet, ce n'était pas son objet. Mais les premières offres disponibles, celle de Numilog justement, ou celle de Mobipocket (filiale d'Amazon) ne m'apparaissent pas réellement incitatives : on est parfois très proche du prix d'un livre papier, avec des questions potentielles concernant les DRM et l'interopérabilité, plusieurs solutions cohabitant d'ores et déjà sur un marché qui démarre tout juste. Concrètement, on se retrouvera avec un bouquin qu'on ne peut pas prêter, et qu'on ne pourra peut-être plus lire si on change de "reader" (mêmes questions que pour la musique, donc).
    Mon propos n'est pas ici n'est pas de polémiquer sur cette question : il est évident que sans DRM, il n'y aura pas d'offre, car pas de viabilité économique. Ma question est celle de l'attractivité pour les consommateurs, et notamment pour "amorcer la pompe". Les lecteurs ePaper sont encore chers, et je ne sais pas bien à combien ça peut descendre, ni à quelle échéance. En attendant, je pense que tout acheteur potentiel fait son petit calcul d'amortissement. Et même si le livre électronique offre d'autres intérêts que la simple économie d'achat des ouvrages, ne serait-ce que l'encombrement (de nos bibliothèques, de nos sacs à main ou de voyage, etc.), je ne suis pas certaine que le grand public soit prêt à payer au global plus cher pour lire ses bouquins sur un ePaper. L'adoption massive de l'objet se fera à budget constant, voire avec un léger avantage économique en faveur du livrel.
    Je me suis livrée à premier calcul "à la louche" : pour que l'affaire soit "rentable", il faut que je profite de l'offre d'oeuvres gratuites du domaine public. Si je table sur un prix moyen de 7 € pour ce type d'ouvrage en poche (y compris les frais de port ou mon ticket de bus pour descendre à la librairie), il faut que j'en lise un par semaine pendant un an pour amortir l'achat d'un ePaper à 350 euros (la version de base du CyBook de Bookeen, par exemple). Bon, OK, mais dans mes pratiques actuelles, les ouvrages du domaine public représentent, hum... toujours "à la louche", 10% de mes lectures annuelles (qui sont de l'ordre d'un livre par semaine au global). Est-ce que je vais modifier mes pratiques sous prétexte de lire sur mon livrel ? Pas sûr... et d'ailleurs, si je le faisais, ça ne ferait pas du tout l'affaire des éditeurs et des libraires...
Il reste donc encore beaucoup de travail, et d'inconnues, au moins pour moi qui aborde la question en simple amateur curieux, pour mettre en place une offre réellement "équilibrée", selon les termes utilisés dans l'étude de Numilog...

1 commentaire:

guillaume a dit…

bonjour et merci pour vos remarques !
Dans votre calcul vous oubliez les livres que vous pouvez déjà emprunter gratuitement en bibliothèque !
Le prix des lecteurs epaper va beaucoup baisser, dès qu'ils seront produits à l'échelle industrielle. Les ebooks sont vendus en librairie aujourd'hui avec une réduction de 25% en moyenne par rapport au livre "papier" (malgré une TVA à 19,6). Ces prix baisseront probablement quand les éditeurs commenceront à rentabiliser leurs investissements dans le numérique. Et on verra évidemment arriver de nouveaux modèles commerciaux du genre "téléphone portable", avec un reader quasi-offert contre un abonnement à du contenu...